Enseigner la percussion…

By jeangeoffroy • • 1 nov 2016

L’enseignement de la percussion lettre du musicien 2012

FEVRIER 12
Mensuel N° de page : 38 Page 1/3 LYON7
Eléments de recherche : CNSMD DE LYON ou Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon (69) : toutes citations
L’enseignement de la percussion en 2012
Jean Geoffroy (CNSMD de Lyon) examine la réalité de l’enseignement de la percussion aujourd’hui. Regard attentif, exigeant et généreux.
Jean Geoffroy: « L’important est de bousculer l’étudiant!»
Comment enseigne-t-on la percussion à des musiciens de haut niveau?
En fait, on pourrait élargir la question et se demander comment on enseigne la musique aujourd’hui, même si les cadres sont différents. J’ai enseigné dans tous types d’institutions et d’écoles, du centre aéré aux conservatoires supérieurs de Lyon et de Paris en passant par les MJC, les associations, les écoles de musique. . Le rôle de l’enseignant reste le même : celui d’un chercheur qui va essayer d’accompagner au mieux les élèves et les étudiants tout en étant attentif à leurs attentes, leurs ambitions, leurs projets. Limportant est de « bousculer » l’étudiant, de le mettre en situation de répondre, de prendre position, de s’engager, bref de faire des choix d’interprète.
Au Conservatoire de Lyon, j’ai la chance d’avoir une classe excellente. Les étudiants qui intègrent l’établissement sont d’un très bon niveau Ils n’entrent pas à Lyon pour travailler uniquement avec moi, mais pour travailler au sein d’une classe et d’un établissement dans lesquels le répertoire, la notion de projets, de rencontres, de créations dans tous les styles et cadres musicaux sont essentiels. Enseigner la percussion à des étudiants de haut niveau, c’est avant tout leur faire partager une conviction musicale, celle d’être à l’écoute de la création, des compositeurs, du répertoire et, plus généralement, les questionner sur la placede la musique et de l’interprète dans notre société.
Quelle a été l’évolution de la percussion durant ces vingt dernières années?
Très importante, à commencer par le répertoire. Nous disposons aujourd’hui d’un répertoire contemporain, que ce soit pour percussion solo ou pour ensemble, dans lequel les compositeurs ont considérablement développé la place du pupitre de percussions. Dans le même temps, la facture des instruments a évolué, tout comme les modes de jeu, les techniques. De son côté, l’enseignement s’est développé avec la publication de nouvelles méthodes correspondant aux attentes de jeunes élèves, mais aussi à une démarche ouverte sur le répertoire, l’improvisation, ainsi que sur les différents styles musicaux dans lesquels la percussion trouve sa place. Il faut donc penser laclasse de percussion non pas uniquement comme une classe instrumentale, mais comme un département. J’enseigne à Lyon avec Henri-Charles Caget et Philippe Labadie. Chacun apporte des éléments spécifiques en rapport avec son parcours : le spectacle actuel pour le premier, le répertoire d’orchestre pour le second. Le travail du répertoire d’orchestre s’est beaucoup développé ces dernières années grâce notamment à une nouvelle génération de musiciens d’orchestre qui ont à coeur de faire partager leur passion. A cette évolution s’est ajouté le répertoire du théâtre musical qui a contribué à repenser la place de l’interprète sur scène, l’augmentation du nombre des spectacles pour enfants dans lequels la percussion joue souvent un rôle important, la multiplication des spectacles avec danse, la musicothérapic… Bref, tout un nouveau paysage s’est fait jour, offrant de multiples possibilités et permettant aux percussionnistes de trouver leur place dans le monde musical actuel.
Vous vous êtes investi dans la diffusion de musique pour percussion en dirigeant des collections chez Lemoine et Alfonce…
Même si le meilleur investissement pour la diffusion de la musique contemporaine reste le concert – j’ai la chance de jouer beaucoup en solo depuis près de trente ans -, ce travail d’édition fait partie intégrante de mon engagement d’enseignant et d’instrumentiste. Le socle de l’enseignement, de la transmission du répertoire passe par le concert, l’écrit et la publication d’ouvrages, qu’ils soient téléchargés légalement ou achetés en version papier.
Vous côtoyez déjeunes instrumentistes du monde entier.
Assiste-t-on à une uniformisation du niveau et des styles? La globalisation n’épargne pas le domaine de l’art.
C’est là un sujet sur lequel je travaille beaucoup avec les étudiants. L’idée principale est de faire en sorte qu’ils aient un regard contemporain sur la musique, qu’elle ait été écrite aujourd’hui ou aux siècles passés, c’est-à-dire avant tout un regard original. De par notre culture, notre histoire, nos traditions, nous avons chacun un regard personnel sur les oeuvres. C’est ce regard qu’il faut faire partager, transmettre. Chaque interprétation doit être avant tout une lecture originale de l’oeuvre C’est là toute l’ambition de mon travail d’enseignant.
Par rapport à d’autres instruments, les percussionnistes ont des perspectives professionnelles moins larges.Quels conseils donnez-vous à vos élèves à l’orée de leur carrière?
Je ne suis pas vraiment d’accord avec ce constat. Au contraire, à côté de la carrière de musicien d’orchestre, il y a beaucoup de choses à faire, à imaginer, que ce soit dans l’enseignement ou les diverses possibilités dont j’ai parlé plus haut C’est d’ailleurs ce qui me motive dans l’enseignement, mais aussi comme directeur d’Eklekto (Geneva Percussion Center), avec lequel nous organisons un festival. Nous y constatons tous les ans la diversitédes approches autour des arts de la percussion.
Pour terminer, je voudrais rappeler la définition qui était celle du talent au 12e siècle Avoir du talent signifiait « désirer » ; profession signifiait « foi » et métier « besoin ». Ces définitions restent d’actualité, à nous de les faire partager. •
Jean Geoffroy, premier prix de percussion du Conservatoire de Paris,
est timbalier solo de l’Ensemble orchestral de Pans de 1985 a 2000, soliste de l’ensemble de musique contemporaine Court-Circuit Passionne par la pédagogie, auteur de plusieurs ouvrages didactiques, il est directeur de collections aux éditions Lemoine et Alfonce
II enseigne au Conservatoire de Lyon depuis 1999 Directeur artistique du Centre international de percussion de Genève et professeurde didactique au Conservatoire de Pans, il est aussi président du Concours international de vibraphone de Clermont-Ferrand Claude-Giot